Sumbawa, l’Indonésie préservée que Bali a oublié d’être

Bali a accueilli 7 millions de visiteurs étrangers en 2025, générant à elle seule 55 % des recettes touristiques de l’Indonésie. Ce chiffre dit beaucoup sur la pression que subit l’île, et sur la fatigue croissante d’une partie des voyageurs français à son égard. À l’est de Lombok, Sumbawa trace une autre voie : trois fois plus grande que Lombok, peu fréquentée, et pourtant dotée d’une diversité de paysages et d’expériences qui dépasse largement sa réputation de simple étape.

Une île à l’identité propre, entre sultanat et volcan mondial

Sumbawa Besar, la capitale de l’ouest, conserve les traces d’un passé de sultanat : le palais Dalam Loka, bâtiment en bois sur pilotis datant du XIXe siècle, et le Balai Kuning (1932), qui expose armes et vêtements de l’époque des sultans. L’île se distingue aussi par une dualité culturelle marquée entre les peuples Sumbawa à l’ouest et Bima à l’est, chacun avec ses propres traditions et dialecte. Les courses de chevaux, le tissage ikat et la langue locale bahasa Samawa témoignent d’une culture vivante, non formatée pour le tourisme.

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Pour ceux qui s’intéressent à voyager autrement à Sumbawa, le volcan Tambora constitue un argument à part entière. Son éruption d’avril 1815, l’une des plus puissantes jamais enregistrées (niveau 7 sur l’échelle VEI), a expulsé plus de 150 km³ de matières, provoqué plus de 92 000 victimes et déclenché l' »année sans été » de 1816 en Europe et en Amérique du Nord. La caldeira qui en résulte, 6 km de diamètre et 1 100 m de profondeur, reste visible depuis le sommet actuel à 2 857 m. L’ascension depuis le village de Pancasila dure 3 à 5 jours ; un guide est obligatoire, le sentier n’étant pas balisé.

Surf, requins-baleines et îles sauvages : un spectre large

La côte sud de Sumbawa abrite des spots de surf reconnus mondialement. Lakey Peak et Lakey Pipe, dans la zone de Hu’u, proposent des vagues accessibles aux surfeurs confirmés de mai à octobre. Plus à l’ouest, Scar Reef et Super Suck s’adressent aux expérimentés ; Kertasari, au contraire, convient aux débutants. La saison culmine entre juin et août.

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La baie de Saleh offre une expérience différente : nager avec les requins-baleines. La baie abrite une population estimée à 120 individus, pouvant atteindre 12 mètres, attirés toute l’année par les eaux riches en plancton. L’expérience se déroule tôt le matin, avec un départ en bateau vers 4h depuis la baie (mieux vaut passer la nuit sur place). Un voyageur français témoignait en juillet 2025 sur TripAdvisor : « completely away from the crowds of tourists. » À proximité, l’île de Moyo, dont deux tiers constituent une réserve naturelle, s’explore à la journée depuis Sumbawa Besar. Forêts, savanes, varans et la cascade de Mata Jitu composent un décor rare. L’île de Satonda, petit volcan inhabité avec son lac de cratère d’eau salée hérité du tsunami de 1815, mérite également le détour pour son snorkeling.

Sumbawa n’est pas une destination sans contraintes logistiques : certaines zones restent difficiles d’accès sans véhicule privatif, l’ascension du Tambora nécessite une organisation sérieuse, et la complexité des transports intérieurs justifie souvent de s’appuyer sur des professionnels locaux. Mais c’est précisément cette rugosité qui préserve l’île de la sur-fréquentation. Pour les voyageurs français qui souhaitent explorer d’autres destinations hors des sentiers battus, Sumbawa représente l’une des alternatives indonésiennes les plus cohérentes du moment.